Porteurs : M. Blaise, F. Fauquier, H. Ménard, S. Triaire
La notion occidentale d’humanité est fondamentalement polysémique : elle recouvre, à la fois, une réalité biologique, une construction littéraire, religieuse, philosophique, une valeur morale, un horizon culturel ou politique… Elle s’est historiquement construite en étroite relation avec celle d’humanisme, héritée de la Renaissance et prolongée par les Lumières, qui plaçaient l’homme – rationnel, libre, et maître de son destin – au centre du savoir, de la valeur et du monde, comme un universalisme. Pas plus que l’humanité, pourtant, l’humanisme n’est une catégorie stable et transhistorique.
Aujourd’hui, les nouveaux cadres épistémologiques de l’anthropocène ou de la zoocritique viennent ébranler une conception de l’anthropocentrisme qui lui était inhérent. On lui reproche d’instituer une vision normative de l’humain, trop souvent fondée sur l’exclusion, de la nature, de l’animalité, ou de certains groupes humains jugés « inférieurs ». Faut-il envisager alors une constellation d’humanismes historiquement situés, dépendants de conceptions mouvantes de l’humanité ? Ou l’idée d’humanité en appelle-t-elle à une refondation – celle d’un humanisme post-anthropocentrique, ouvert à la pluralité des formes de vie et conscient de l’inscription matérielle, écologique et éthique de l’humain dans une autre communauté de destins ?
Le programme, transversal, partira des crises contemporaines qui semblent remettre en question l’humanisme, l’universalisme et le fondement même de la notion d’humanité : violences, guerres, oppression de genre, motifs religieux… pour mettre en crise la notion d’humanité dans ses divers champs, comme espèce biologique (vs l’animal), comme condition (libre arbitre, conscience de soi…) ou essence (le propre de l’homme), comme valeur morale (la compassion, le sens de la justice…), comme projet politique ou culturel (la démocratie, la communauté…).
En partant du thème de lèse-humanité, il s’agira de définir dans chacun de ces registres ce que l’on identifie comme humain, quelles en sont les limites (notamment par rapport aux animaux), les formes hybrides (ce qui vient brouiller les frontières, sans forcément d’ailleurs porter atteinte à l’humain) – jusqu’aux robots, aux androïdes, à l’IA. Dans le registre moral, l’idée de lèse-humanité peut aussi faire référence aux actes et à la dé-subjectivation induite par certaines formes de pouvoir – violences, guerres, esclavage, sanctions pénales, refus de sépulture… – qui, dans un registre symbolique, « déshumanisent ». Le concept peut aussi renvoyer à ce qui menace l’avenir collectif de l’humanité – par où on rejoint l’anthropocène, pour retrouver le registre politique. Refonder l’humanisme, c’est aussi poser la question de la transmission des valeurs humanistes et celle des résistances, des refus de cette transmission. C’est, enfin, se poser la question des représentations de l’humanité, de l’écriture, au sens large, des enchevêtrements ou de l’attention qui aujourd’hui marquent les nouveaux réalismes de l’anthropocène.
Les séminaires présenteront deux interventions : celle d’un chercheur/se extérieur(e) à l’équipe et celle d’un(e) membre de CRISES. Les différentes disciplines présentes au sein de l’équipe pourront ainsi être mises à contribution, qu’il s’agisse de l’archéologie, de l’histoire, de l’histoire de l’Art, des langues et littératures anciennes, des littératures française et comparée, ou encore de la philosophie et de la psychanalyse.
Le programme se déclinera en séminaires récurrents, autour d’un dossier qui sera travaillé de façon interdisciplinaire. Les doctorants pourront facilement être intégrés à ce programme transversal. Enfin un volet « science et société » sera présent.
Dernière mise à jour : 06/05/2025


